Historique du collège

 

L’historique que nous présentons dans ce support est le fruit d’un travail des services des archives de la ville d’Apt qui a fait l’objet d’une exposition en janvier 2010 et dont nous nous sommes fait l’écho dans nos actualités.

Cette exposition a connu un vif succès et nous remercions Mme AZZURO de nous permettre de bénéficier des recherches effectuées et de vous en présenter ici un aperçu.

Nous profitons de ce média pour élargir les ressources en matières de documents photos ou autre, qui permettront d’enrichir notre mémoire collective.

N’hésitez pas à nous faire parvenir les précieux témoignages que vous possédez encore, et avec votre accord, nous vous les rendrons après réalisation de copies destinées à être ajoutées à cette collection.

Chantal Blanc, présidente de l’amicale.

 

 Voir le dossier complet (format pdf - 49 Mo)

 

 Quand le collège d’Apt occupait le couvent des Cordeliers.

 

De 1818 à 1966, date de la démolition d’une partie du couvent, cette occupation qui a duré un siècle et demi l’a profondément ancré dans la mémoire collective des Aptésiens. Il fait ainsi partie intégrante de leur identité. C’est ce qui a motivé l’exposition organisée par les archives municipales d’Apt à la bibliothèque municipale du 29 novembre 2009 au 27 janvier 2010.

 

1) Présentation du bâtiment.

 

Ce couvent de Franciscains est attesté à Apt dès le milieu du XIIIème siècle. La construction de l’église et des bâtiments a duré plusieurs décennies et l’on peut dater la fin des travaux d’avant 1310.

C’est dans son église que fut enseveli Saint Elzéar de Sabran, mort en 1325, ainsi que son épouse, la Bienheureuse Delphine de Signe, quelques années plus tard. Dans le courant du XIVème siècle, le pape Urbain V, viendra se recueillir devant ses reliques, et en 1660 Anne d’Autriche, femme de Louis XIII, fera de même. Au moment de la Révolution, les frères Cordeliers sont chassés et leur couvent vendu comme bien national à un particulier.

Le 1er acquéreur s’approprie l’église et la maison conventuelle à son usage, ouvre des portes et des fenêtres, rompt des arcs de voûte, démoli le cloître et établi des jardins sur son emplacement. Le second propriétaire cloisonne les ouvertures faites par son prédécesseur et en ouvre de nouvelles. Bref, quand ce bâtiment est transformé en collège en 1818, son apparence est quelque peu modifiée.

 

Il faudra attendre 1880 pour que les premiers grands travaux soient entrepris par la ville.

Au début de la 1ère guerre mondiale, une annexe de l’hôpital militaire est établie au collège, ce qui entraîne des perturbations dans le fonctionnement de l’établissement. Il faut bien s’organiser : un des répétiteurs doit loger à l’hôtel Brémondy, sa chambre ayant été transformée en salle de classe.

C’est en 1923 que la chapelle est transformée en réfectoire avec à côté la cuisine et ses dépendances.

 

Les 3 décennies suivantes n’apportent aucune modification ni gros œuvre.

Mais dès la rentrée de 1952, le nombre toujours croissant des effectifs commence à faire paraître les locaux exigus. Les élèves sont plus de 300. Aussi 5 ans plus tard installe-t-on des préfabriqués.

 

En 1959 la ville décide l’achat de terrains qui jouxtent le collège pour construire un nouvel établissement : ce sera un lycée. En février 1964, le conseil municipal approuve le projet définitif de construction du lycée mixte d’Apt. Tout va aller très vite pour que l’essentiel des bâtiments soient prêts pour la rentrée de 1966. Et le couvent des Cordeliers, pourtant chargé de tant d’histoire est démoli !

 

2) Les rapports entre le collège et la municipalité.

 

En 1810, la municipalité fait appel à Dominique Gleise, qui avait déjà tenu une école secondaire à Apt, pour diriger le collège. Il s’établit pour quelques années dans l’ancien couvent de la Visitation (ancienne usine Barrielle) avec sa centaine d’élèves.

En 1818, il fait l’acquisition de l’ancien couvent des Cordeliers pour servir de bâtiment au collège. Il s’agit donc d’un établissement particulier : c’est l’unique collège de la ville, alors que c’est le principal qui est propriétaire des murs. Ce n’est qu’en 1853 que la ville se décide à acheter le bâtiment.

 

Si on étudie un peu l’histoire de la ville d’Apt, on se rend compte que la survie politique d’une municipalité dépend en grande partie de sa gestion du collège.

 

Trois maires vont jouer un rôle important :

Eugène Brunel (1870-1874, 1878-1883) qui voit dans le collège le moyen d’accéder à l’instruction pour les plus humbles.

 

Eugène Reboulin, confiseur, qui arrive à la tête de la municipalité en 1891. Il a des usines aux USA, ce qui le pousse à vouloir dynamiser l’industrie aptésienne : pour y parvenir, un des moyens consiste à développer au collège un enseignement capable de former une élite commerciale.

 

Enfin Eugène Baudoin, maire de 1924 à 1941, qui pour résoudre les problèmes de baisse d’effectifs au collège après la fin de la première guerre mondiale, va imposer une mixité complète, ce qui est révolutionnaire pour l’époque ! C’est en 1926 que Poincaré en autorise l’expérience pour une durée de 5 ans. La mixité va perdurer mais sans publicité, car on ne veut pas que l’expérience se propage.

 

 

3) Quelles sont les personnes qui font fonctionner l’établissement ?

 

Le principal :

 Le collège d’Apt figure comme une étape, un point de départ dans la carrière des principaux. Dans l’ensemble, les principaux qui passent à Apt ne sont pas destinés à réussir de brillantes carrières.
De lourdes charges financières pèsent sur le principal :
Au départ ce collège est géré comme un établissement privé et doit s’autofinancer grâce à la rétribution collégiale, payée par les parents, et aux revenus du pensionnat. Il ne reçoit qu’une allocation symbolique de la ville. Même si par la suite, un traité constitutif, passé entre la ville et l’État, régit le fonctionnement du collège, le pensionnat reste à la charge du principal jusqu’en 1925. Lui incombe les frais de nourriture des pensionnaires, l’achat du matériel de cuisine de l’internat et les gages des gens de service.

Lettre du principal Pour faire rentrer de l’argent, le principal vend les feuilles des mûriers plantés dans les cours du collège. Elles servent à nourrir les vers à soie. Au XIXème siècle, « l’éducation » des vers à soie est très développée à Apt. C’est un gain supplémentaire pour de nombreuses familles.

Le principal tire l’essentiel de ses revenus du prix de la pension, ce qui l’incite à se conduire comme un commerçant. Il faut recruter le plus grand nombre de pensionnaires possible.
Pour l’anecdote, le principal Trévian n’a pas hésité à investir dans une voiture en 1926 pour pouvoir prospecter le plus large possible.
Par ailleurs, le principal dispense lui aussi des cours : huit à dix heures par semaine.

 

Les professeurs ou régents :

Leur recrutement au XIXème se fait plus ou moins indépendamment du recteur. Les salaires sont souvent médiocres et varient en fonction de l’effectif, ce qui explique le renouvellement continu du personnel et leur qualification souvent comparable à celle des maîtres d’école.

Lettre des professeurs Extrait d’une lettre d’un professeur adressée aux membres du conseil municipal pour demander une augmentation de salaire.

Apt, 9 mai 1857.

Les enseignants doivent être polyvalents : par exemple le professeur de lettres peut donner des cours de français, latin, histoire, géographie, anglais.
On attend d’eux une conduite et une moralité exemplaires. Aussi le maire se renseigne-t-il sur leur comportement et leurs opinions politiques avant de les embaucher.
Les choses commencent à changer avec la réforme des carrières réalisée en 1881. Dorénavant les professeurs sont rémunérés non pas en fonction de leur lieu d’exercice mais selon leur qualification et ancienneté. Cela rend possible l’amélioration non seulement de leur condition professionnelle mais encore de leur situation matérielle et morale.

 

Les répétiteurs :

Les répétiteurs ou maîtres d’études ont un travail peu enviable : ils sont chargés de la surveillance des élèves ainsi que du contrôle de leur travail, et ce durant les 6 heures d’études journalières. Cela leur donne une importance considérable et permet de faire tourner le collège avec sept, huit, professeurs qu’ils suppléent bien quelquefois.
Occupés dès 5 heures du matin, ils sont pris 24 h/24 et 7 jours /7.
Leurs gages sont très bas et leur vie n’est faite que de privations. Ils sont logés dans de petites chambres exigües qu’ils partagent souvent à 2. Une lettre du principal adressée au maire en 1920, illustre parfaitement le peu de considération qu’on leur accorde : il explique que la ville n’a plus à leur fournir de descentes de lit car : «  Madame la principale, a trouvé au grenier un tapis à moitié mangé par les rats et a taillé dedans 3 descentes de lit pour leur chambres. »

doc03-11doc03-2

 

Le concierge :

Son sort est pire encore que celui des répétiteurs.
Il loge dans un cagibi de 10 m2, est corvéable à merci et fait des journées interminables pour un salaire misérable.
Il exerce un temps, une activité inattendue : en 1882 il est chargé de donner des cours d’instruction militaire aux élèves de l’école primaire du collège. A ce moment là, des bataillons scolaires sont institués de façon légale dans toutes les écoles de France. Ils sont armés et équipés. Il faut préparer les enfants à défendre le sol de la patrie dans le cas d’une nouvelle guerre.

 

 L’aumônier : un représentant religieux au collège :

 La religion joue un rôle prédominant au collège jusqu’à la fin du Second Empire en 1870. Plus tard, même si le conseil municipal se pose la question de maintenir le poste de l’aumônier, la ville n’ira jamais au bout de la laïcisation : la clientèle pouvait comprendre des enfants de parents pratiquants.

  

4) La vie des pensionnaires dans l’établissement :

doc04 Etre élève au collège d’Apt à la fin du XIXème siècle n’a pas grand-chose à voir avec nos collégiens actuels.
Les locaux feraient aujourd’hui bondir nombre de commissions d’hygiène et de sécurité !

Lorsqu’on est malade, c’est une petite pièce sans cheminée, mal aéré, et chauffée par un poêle défectueux qui fait office d’infirmerie. Il faut attendre une épidémie de scarlatine, en 1904, pour que la ville prenne conscience de l’urgence à créer une infirmerie digne de ce nom.
Il n’y a par ailleurs pas de douche : les seuls points d’eau de l’établissement sont les lavabos du dortoir, et un seul cabinet d’aisance sert aux 60 pensionnaires.
En mai 1901, le principal fait savoir au maire « que voilà 9 jours entiers que les fosses d’aisance n’ont pas été vidées. »
Le problème des douches et des latrines sera une priorité lors de la réalisation de travaux dans les années 1920.
Il faut attendre la fin des années quarante, pour que la mise à l’égout des WC soit effectuée.

A chaque rentrée, le principal fait éditer un prospectus flatteur de présentation du collège pour inciter les familles à y inscrire leurs enfants.

  • Avoir un enfant au collège coûte cher. Prenons l’exemple d’un maçon : le montant de la pension représente la moitié de son salaire annuel. les 1ères mesures concernant la gratuité de l’enseignement secondaire, datent de 1930.
  • Il existe des bourses communales, mais elles sont accordées sur des critères de réussite scolaires et non sur des critères sociaux comme aujourd’hui. Un concours est mis en place pour sélectionner les candidats. La paresse, la mauvaise conduite, ou le fait de manquer à 3 reprises sans excuse valable entraîne leur suppression.
  • Les pensionnaires doivent arriver avec leur lit, leur vase de nuit, leur bureau et bien entendu, leur trousseau dont l’uniforme.

Les élèves se lèvent à 5 h, y compris le dimanche et passent de longues heures en études avec seulement 2 h de cours le matin et 2h l’après-midi. Au XIXème siècle c’est un élève qui bat du tambour pour marquer le commencement et la fin de tous ces mouvements : une rigueur toute militaire !
Les seules sorties possibles se réduisent aux traditionnelles promenades des jeudis et dimanches. Les plus chanceux peuvent passer un dimanche tous les 15 jours dans une famille amie.
La surveillance est continuelle : que ce soit les cours de récréation, le réfectoire ou le dortoir, les élèves ne sont jamais seuls.

 

Un temps fort dans la vie au collège : la distribution des prix :

doc05Cette journée empreinte de solennité est faite marquer les esprits.
L’estrade d’honneur est installée dans la grande cours. C’est le maire qui préside, et les places sont convoitées par les notables. Bien sûr les parents d’élèves assistent à la distribution des prix.
Pour cette journée particulière, la ville vote chaque année un budget qui sert entre autre à imprimer les palmarès de l’année, financer les prix d’excellence ou d’honneur et acheter les couronnes de lauriers.

 Des musiciens participent à la fête : la fanfare aptésienne est souvent sollicitée, et ce jour-là les élèves jouent une pièce de théâtre (dans les années 20, la salle du Palace-Théâtre et son piano sont gracieusement mis à la disposition du principal, par Mr. Ode, son directeur.)
Au début des années 1900, les effectifs étant en hausse, la ville obtient l’autorisation de supprimer cette cérémonie trop coûteuse. Mais une circulaire en 1913, engage les municipalités à rétablir cette cérémonie si porteuse de leçons patriotiques.

 

5) Quelques collégiens aptésiens du XIXème siècle devenus célèbres :

Elzéar PIN (1813-1883) : poète et bibliophile. Élu député à la Constituante en 1848, réélu député en 1870, puis sénateur et président du Conseil général. Il s’occupa activement de son pays natal.

Léon de Berluc PERUSSIS (1832-1902) : poète et littérateur distingué il adonné un puissant concours à la renaissance des lettres provençales. 

Paul GUIGOU (1834-1871) le peintre dont une œuvre, « La Lavandière » est exposée au Musée d’Orsay. 

Enfin Pierre Alexis PONSON du TERRAIL (1829-1871) qui entre au collège à l’âge de neuf ans comme pensionnaire. Fécond et populaire romancier, il est l’auteur du célèbre « Rocambole » aux aventures palpitantes.

 

En ce qui concerne le XXème siècle, il est délicat d’énumérer les anciens collégiens aptésiens ayant acquis une certaine notoriété : la liste serait très longue et risquerait d’être incomplète.
Mais il paraît difficile de ne pas citer Pierre Louis Blanc, collaborateur du Général de Gaulle à partir de 1967. Par la suite, successivement, directeur de l’E.N.A, ambassadeur, il achève sa carrière en 1990 comme représentant permanent de France au conseil de sécurité des Nations unies.

Pierre Louis Blanc a lui-même publié deux livres : Charles de Gaulle au soir de sa vie en 1990 et Valise diplomatique, en 2004. Ce dernier ouvrage est un livre de souvenirs, de portraits et de réflexions.

Maintenant il vit à Ménerbes et est membre de l’Amicale des Anciens Élèves du collège.

 

La création de cette amicale est votée en 1926. Reconstituée en 1956 elle connaît une période d’âge d’or jusqu’en 1964. Deux activités témoignent de son dynamisme : la parution du « Journal du Bahut » et le bal du bahut, grande attraction dans l’hiver aptésien où bon nombre de couples se sont formés. Au début du XXI° siècle, par la volonté de quelques uns, dont Marcel Molinas, ancien surveillant général au collège, cette association a repris une activité normale.

 

 

Brigitte Azzuro
Archiviste municipale.

  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks